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Il y a quelques années ces textes
ont été publié sur le site EpsyWeb; Albert
OHAYON nous avait hébergé sur FemiWeb. Ils n'étaient
pas destinés à un enseignement de la psychanalyse
mais plutôt à sa transmission pour un public
large, pour un lecteur averti et intéressé.
Il s'agissait à l'époque de réunir des
textes rigoureux sur le plan théorique et clinique,
compréhensibles pour le lectorat que nous avions défini,
tournés vers l'actualité (politique, culturelle,
cinématographique, sociétale), proposant une
lecture des faits de société d'un point de vue
de la psychanalyse Lacanienne et Freudienne. Par la suite
avec Denise VINCENT, Jean-Claude PENOCHET et Charles MELMAN,
à partir du concept de ce site, nous avions élaboré
un projet pour le développer : augmenter le nombre
de rubriques, diversifier l'origine des intervenants etc…etc…
ce projet n'a pas abouti.
Actuellement le bureau de l'Ecole Psychanalytique du Languedoc-Roussillon
a estimé qu'il était cohérent de mettre
sur son site les anciens textes d'EpsyWeb car la plupart ont
été rédigés par les membres de
l'Association Lacanienne Internationale et qu'il était
intéressant que le lecteur connaisse le contexte de
leur publication. Certains auteurs répondront peut
être à vos questions. Nous verrons bien, en tout
cas bonne lecture.
Bob SALZMANN
L'ECHEC SCOLAIRE.
Les difficultés du passage à l'écrit.
Denise VINCENT
Beaucoup de parents s'inquiètent des
difficultés à l'écrit de leurs enfants
et se demandent s'ils peuvent l'aider à progresser.
Ces troubles à l'écrit se manifestent de multiples
façons que nous allons essayer de distinguer.
Il y a bien sûr les troubles du graphisme. C'est l'écriture
elle-même qui fait symptôme. Le rythme de l'écriture
est compromis, des points d'accrochage vont rompre sa continuité,
le stylo appuie trop ou pas assez, les lettres deviennent
méconnaissables. Ces troubles ne se sont pas produits
au moment de l'apprentissage de l'écriture, l'apprentissage
s'est effectué normalement même si l'enfant se
montre un peu plus lent que ses camarades ou un peu plus crispé.
C'est après le cours préparatoire que les symptômes
s'accentuent, la main se crispe d'avantage, le bras peut être
pris de crampes; le blocage du rythme de l'écriture
trahit le refus du corps tout entier devant l'impératif
d'avoir à écrire.
Qu'est ce qui assure la continuité de l'écriture,
la bonne forme des lettres, la régularité du
graphisme?.... c'est évidemment le sens. L'intérêt
que l'écolier porte à ce qu'il fait tient évidemment
à ses facultés d'attention, à sa docilité.
Le bon élève au CE1 et au CE2 est celui qui
ne se fait pas remarquer ni par son originalité ni
par son invention personnelle. Il adhère volontiers
avec la bonne écriture conforme à celle qu'on
lui a proposé comme modèle. D'autres enfants
au contraire tiennent à leur singularité, cherchent
à être distingué par le maître,
à répondre oralement à ce qu'il demande
et cherchent à se dérober à l'écrit.
Ils se sont sentis beaucoup plus à l'aise en maternelle
où la maîtresse ne cherche pas à freiner
la spontanéité des enfants, où les manifestations
de rivalité entre les enfants sont plus facilement
acceptées, où chacun a droit à l'erreur,
et où la fantaisie et le jeu font encore partie de
la pédagogie…
L'enseignement français dans les classes primaires
est malheureusement trop tôt axé sur l'écrit,
ce qui n'est pas le cas dans d'autres pays, dans les pays
anglo-saxons par exemple, où l'apprentissage de la
lecture et de l'écriture est proposé un an plus
tard.
De plus en plus fréquemment, un tiers des élèves
du cours préparatoire peine et arrive tout juste à
lire à la fin de l'année et encore, parmi eux
, plusieurs n'ont pas vraiment acquis la lecture courante
et vont traîner pendant des années une grande
inhibition à la lecture. Ne lisant pas ou le moins
possible, ils liront plus mal encore en entrant en sixième
qu'il ne lisait à la fin du cours préparatoire.
L'écrit se différencie de la lecture. Parmi
les enfants mis en échec par l'écrit, il en
est qui peuvent se déclarer bon lecteur. Ils ont parfois
un goût marqué pour la lecture, mais cela ne
veut pas dire qu'ils aient acquis une lecture sans défaut.
Si les parents demandent à leur enfant de lire à
haute voix, ils s'apercevront qu'il achoppe sur bien des syllabes,
qu'il fait des lapsus, des pataquès. Ils s'apercevront
peut-être que tous les noms propres sont plus ou moins
estropiés, ils arrivent à la fin de la lecture
d'un roman et ils auront lu le nom du héros en l'écorchant.
Son nom s'écrivait par exemple Victorien et l'enfant
aura lu trois cent fois Victoirin, sans s'apercevoir de son
erreur.
Je laisse de coté ces erreurs qui portent électivement
sur les noms propres mais j'y reviendrai par la suite. Voici
donc des enfants qui ne lisent pas parfaitement mais qui ont
pu maintenir leur appétit de lecture en tout genre,
aussi bien sur un livre que sur l'écran de l'ordinateur.
Qu'est ce donc que cet horreur de l'écrit distincte,
nous le voyons de l'activité de lecture? Comment se
manifeste t-elle?
Il y a tous ceux qui sont dans l'incapacité de copier
un texte écrit au tableau par le maître, par
exemple l'énoncé du problème ou le sujet
de la rédaction. Ceux-là achoppent dès
qu'il s'agit de relever un emploi du temps, des indications
d'horaire ou de lieux. Par exemple, "le rendez vous pour
aller à la piscine est à telle heure, à
tel endroit". C'est le maître qui l'a décidé,
c'est ce qu'on appelle des consignes. Il va se tromper, recopier
une adresse incomplète. C'est, notons-le au passage,
tout ce qui a trait à une directive qui soulève
cette difficulté particulière de l'écrit..
Dans ce cas en effet le sens de ce qui est écrit n'est
pas soutenu par l'imaginaire. Le peu de sens réside
dans une directive arbitraire, il faut s'y plier. Il en va
de même pour l'énoncé d'un problème,
ces consignes vont se présenter comme une énigme.
Les questions de grammaire ou de syntaxe posées à
propos d'un texte vont à l'encontre du sens de la phrase.
La priorité n'est plus donnée au récit
qui stimule l'imaginaire.
Tant que l'enfant s'est trouvé en classe maternelle
et encore au cours préparatoire, son attention a été
soutenue par l'invention pédagogique des maîtresses,
leur appel à une participation active. L'enfant en
confiance a pu s'identifier au désir du pédagogue.
A ce point de vue l'école maternelle mérite
bien son nom, puisqu'elle utilise ce qui est le ressort de
l'éducation maternelle: savoir anticiper les possibilités
psychiques des enfants pour stimuler leurs découvertes
et leurs progrès. Une mère est celle qui demande
à son enfant ce qu'elle le sait capable de faire en
lui témoignant son attention et son amour. Cette méthode
à sa limite puisque d'une certaine façon elle
entretient l'enfant dans une certaine dépendance.
La rencontre avec l'écrit va marquer le franchissement
d'une étape essentielle dans le développement
de l'enfant. Il va lui être demandé d'admettre
un certain nombre de règles, de reconnaître un
certain nombre de signes, sans aucun rapport avec le sens.
Apprendre à lire, c'est admettre que ce que l'enfant
entend puisse venir s'inscrire sur une page blanche et puisse
être ensuite restitué en mots quand on le lui
demande. C'est admettre un code qui lui-même comporte
de nombreuses exceptions et qui se découvre être
d'une complexité croissante.
La première fois qu'un enfant assemble deux lettres,
il déclare "je lis" et nous savons bien qu'il
n'est pas au bout de ses peines. Cet enfant joyeux de sa découverte,
qui attend depuis longtemps ce moment de se montrer grand
va avoir encore à accepter toutes sortes de contraintes
pour atteindre à la lecture courante. Il va lui falloir
plus de temps encore, pour exprimer par l'écrit ce
qui jaillissait de lui sans effort au fil de ses idées.
Nous avons parlé de ces enfants qui tiennent plus que
d'autres à leur singularité qui les fait unique
aux yeux de leur mère. Quand se bousculent en eux les
idées qu'ils voudraient faire passer par l'écrit,
leur singularité va être mise en doute. "Qui
suis-je, peuvent ils se dire, si je dis le contraire de ce
que je voulais dire, si je m'exprime avec tant de maladresse
que personne ne peut me lire, si, chaque fois que j'écris,
mes cahiers sont zébrés des corrections de l'institutrice?".
Comment cet enfant peut-il s'affirmer si, à tous coups,
lui sont reprochés ses à-peu-près syntaxiques,
ses fautes d'orthographe et la pauvreté de l'expression
de ses idées? Comment les parents peuvent-ils aider
leur enfant qui, dès huit ans peut manifester un grand
dégoût pour ce qui fait la grande majorité
des exercices qu'on attend de lui, c'est à dire qui
passent par l'écrit.
Nous l'avons vu le passage à l'écrit exige un
certain degré de maturité. Le lien à
la mère doit se relâcher. Tant que l'enfant comble
la mère en l'inondant de ses fantasmes, en lui faisant
le récit où il est le personnage qu'il imagine
être et qu'il puise dans le répertoire de cinéma
ou de télévision il est encore en état
de dépendance du corps de sa mère. Il est son
héros, son prolongement. L'enfant voudrait ne pas lâcher
la voix qui le lie à sa mère. Il tient à
cette langue privée qu'il parle avec elle. Il ne veut
pas de la langue de tous qui doit obéir aux lois de
la syntaxe et aux lois de la grammaire. Il se montre sourd
en classe, s'il préfère éluder le sens
et ne conserver que le bruit de la voix. Cette voix du maître
il l'entend et ne peut la restituer. Il rêvasse comme
si la parole pour lui restait quelque chose de flottant du
fait d'un défaut d'ancrage. Il a manqué au départ
de l'écriture cette séparation d'avec la mère,
d'avec le corps de la mère.
Ce qui permet à l'enfant de prendre un peu de distance
avec elle, c'est à partir du moment où des inscriptions
signifiantes représentées symboliquement par
le nom du père, viennent constituer une frontière
entre lui et sa mère. Nous avons fait remarquer toute
à l'heure qu'une des erreurs fréquentes de lecture,
même chez des enfants que aiment lire, portent sur les
noms propres. En effet le nom est l'effet d'une manifestation
du désir du père.
L'enfant peut occuper une place de sujet dans la mesure où
le père le nomme. Une place lui est en tout cas faite
qu'il ne pourra remplir qu'à certaines conditions.
La première est que la mère ne fasse pas écran
à la parole du père et à sa nomination..
L'enfant qui achoppe dans la lecture sur les noms propres
est celui chez qui la nomination ne se fait pas sans difficulté,
un peu comme si inconsciemment une sorte de sabotage s'était
opérée à la lecture du nom du père
et que par extension ce soit la lecture de chaque nom qui
se ressente de cet effet d'occultation..
Ces inscriptions signifiantes qui s'opèrent dès
les premières années de la vie de l'enfant se
sont organisées à partir du nom du père.
C'est ce qu'on appelle la fonction symbolique. Chaque fois
que la fonction symbolique est remise en jeu, l'apprentissage
de la lecture est une de ces remises en jeu, ces inscriptions
symboliques doivent faire la preuve de leur validité.
Si tant d'enfants, de nos jours présentent des symptômes
à l'occasion de l'apprentissage de la lecture et à
passer de l'oral à l'écrit, c'est du fait de
la démission des pères d'une part, et des obstacles
mis par les mères à leur faire place d'autre
part. Ce sont les pères qui doivent assurer un certain
nombre de coupures nécessaires à l'établissement
de ces inscriptions signifiants. Certaines mères sont
phobiques de tout ce qui les sépare de leur enfant
et suturent sans cesse ce que le père pourrait opérer
comme coupures entre l'enfant et elle.
Le défaut d'autorité paternelle contemporain
n'est pas l'effet d'un manque de coups de gueule du père,
comme on semble le croire, mais seulement l'effet de la mise
hors jeu de sa parole chaque fois que ce qu'il dit est exactement
égal à rien en arrivant aux oreilles maternelles.
Un garçon de huit ans peut être grandement aidé,
s'il sent que la mère fait référence
au père, si elle invoque sa présence autrement
que pour l'application d'une menace ou d'une punition, et
mieux encore si la mère est satisfaite sexuellement
par le père.
Pourquoi ? Parce qu'une mère sexuellement satisfaite
n'a pas besoin de mettre ses enfants à la première
place avec le risque de les étouffer de son amour. |
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